QUI SUIS-JE ?

Moi je suis et Toi tu es !

si Moi je suis en te suivant
et Toi tu es en me précédant
nous sommes tous deux,
suivant et précédant,
tout en étant en allant

si tu es mon précédant
et Moi ton suivant
nous sommes tous deux,
suiveur et suivi, innocemment
tout en marchant

nos reflets, dans mon miroir, m'interpellent
et si Moi j'étais Toi,
alors tu serais qui Toi que je suis
quand par Moi tu es suivi ?
me suis-tu dans ce que je te dis ?

là, dans la schizophrénie, réunis
je sais maintenant QUI JE SUIS :

UNE HALLUCINATION !
si je m'hallucine, face à mon miroir
je me vois me rapprocher de Toi
content que tu sois Moi
cela me met en joie

en me détournant de ce miroir
je ne vois pas que tu t'éloignes de Moi
mais content que je sois Toi
en Moi reste la joie

pour te surprendre, je me retourne
voir si aussi, la joie est en Toi
ébahi face à Moi
je vois un rabat-joie :

CAUCHEMAR !

seul dans mon tourment
je me réveille
l'angoisse au corps chevillé
d'avoir en Moi, découvert
une double personnalité

malgré ce trouble si oppressant
je m'émerveille
le cerveau émoustillé
d'avoir en Nous, découvert
notre étrange complicité :

PLÉNITUDE SCHIZO !

nous complaire dans notre duplicité
en partageant ma joie
de m'être retrouvé en Toi et Moi
réunis pour l'éternité

SATISFACTION


Günther ZANNOR

Collection ZANNOR (2020 01 28) Série : " Paradoxes ".

AU NOM DU POIL…

En permission, un Poilu qui s’idolâtrait, surnommé < Briscard, l’élégant ! >, et adulé au sein de sa Compagnie, s’époumonait comme un beau diable : « par la barbe du Prophète; la barbe te dis-je, il y en a marre; assez de cette barbe en broussaille ; un coup de cisaille en représailles et enfin la tranquillité. »

     La barbe toute tremblante et frissonnante, le flattant dans le sens du poil avec obstination, parlant dans sa propre barbe, avec son cheveu sur la langue et reprenant du poil de la bête, sentant sa fin prochaine, susurra avec insistance, à l’oreille du Poilu :  » Si tu te la coupes, tu ne seras plus du tout reconnu comme le plus beau Poilu…  barbu d’entre tous les Poilus barbus. Ton visage sera glabre et fera l’objet de tous les sarcasmes et railleries. De mauvais poil tu seras et l’admiration de tes fans tu perdras. »

    «  Imagine ta vie sans ma présence. De toi, dans leurs barbes ils riront et se gausseront de ton menton, en crâne d’œuf. »

     Elle espérait ainsi rester cette belle toison touffue formant une barbe fleurie, olympienne dans son port, d’une parfaite symétrie, ayant été élue la plus distinguée barbichette au sein de cette prestigieuse Compagnie de Sapeurs ; malgré ces quelques vilains, ces mals intentionnés, qui insidieusement, osassent, dans son dos, de temps en temps, porter la critique (par jalousie on présume) jusqu’à émettre des béguètements chevrotants.

     Sans vouloir couper les cheveux en quatre, il ne pouvait pas décemment la sacrifier, elle, cet attribut majeur de sa personnalité, elle, qui était sa raison d’être, sa parure, son panache, sa distinction… sa dignité.

     Pourquoi alors jusqu’à ce jour, patiemment, amoureusement, l’avait-il sculptée, brossée, peignée, choyée, caressée pour composer cette majestueuse barbe à la Verdi, poussant la minutie jusqu’à cirer l’extrémité de ses bacchantes pour un harmonieux équilibre.

     Serait-ce à cause de cette bourrasque capricieuse qui, sournoisement, retroussa subrepticement trois poils à son menton, le contrariant et le rendant fou de rage ? Craignant que l’on se gausse de ce ‘bouc’ disgracieux ?

     Au pied du phare imposant, nous étions tous trois, debout, en bout de jetée, face à l’océan démonté, dans les embruns tournoyants, les rafales inopportunes, mon Briscard sa Belle et moi.

     Ressentant son malaise et sa contrariété, Isabelle se blottit amoureusement contre lui et lui murmura : « barbe en broussaille ou barbe ordonnée, je t’aimerai pour toujours mon Sapeur bien-aimé. »

     Il s’en est fallu de peu pour un sacrifice, mais subjugué par le languissant regard de sa Belle, il se dissuada de rejoindre la communauté des imberbes du menton.

     Surpris par cette preuve d’amour spontanée, de sa main droite il l’attira et l’enlaça pour un fougueux baiser.

     Faisant face aux éléments déchaînés, le torse bombé, sa main gauche vint par un doux effleurement, remettre en ordre mes trois poils récalcitrants, objet de son énervement.

     Satisfaite d’avoir reconquis toute ma prestance, ma pilosité à nouveau restructurée, les trois dissidents  remis dans le droit fil d’un ordonnancement quasi militaire, j’ai enfin retrouvé ma sérénité.

     Comme à la parade, j’affichais ma fierté, car c’est moi, sa barbe, qui, au final… fut cajolée, par l’affirmation de sa fidélité.

        C’est à partir de ce moment mémorable, où notre Poilu revint à la raison, qu’il entonna, à pleins poumons, notre chanson, devenu l’hymne populaire  des barbes et des barbus :

EN BROUSSAILLE !
J'ai un poil... au menton
ça c'est... une interrogation
un deuxième... vint à pousser
c'était... pour m'humilier
un troisième... s'imposa
tu ne le... croiras pas
le quatrième...m'a surpris
je n'm'en suis... jamais remis
au dixième... j'ai paniqué
de ce qui... m'arrivait
au centième... qui émergea
j'en suis resté... baba
au-delà... il a fallu
mais je n'l'ai... pas cru
qu'il fallait... les taillader
pour se faire... une beauté
et depuis... ce jour là
toutes me tombent... dans les bras.
Vive la barbe... et les barbus
car nous sommes... les élus
la moustache... est tolérée
mais sans... exagérer
les imberbes... au bucher
ils seront... sacrifiés :

Au nom du poil tout puissant,
Inflexible et arrogant !!


Günther ZANNOR.


A LA VERDI !

Collection ZANNOR. 2018 11 16.  »NOUVELLES & COMPTINES »

POMPEI.

Le Vésuve au souffle puissant
aux impalpables bouillonnements
étreint de sa cendre volatile
Pompéi, la morte-ville.

Les volutes incendiaires
s'insinuant dans nos chairs
la vie, au trépas s'abandonne
arrogante, la mort claironne.

Dans un désespéré et ultime élan
la mère protège son petit enfant
contre son sein le confine
le destin, cruel, les assassine.

Sous ce grand linceul de feu
et le courroux de nos dieux
du cratère, léchant les pentes
dévalent les nuées ardentes.

Sous les coups de boutoir du volcan en furie
martelés, en traître, il nous prend la vie
les lapillis, du ciel ont surgi, violemment
ensevelissant l'insidieux et suffocant néant

Fontaines, bassins et nymphées
vos belles eaux sont annihilées
les sources sacrées sont taries
nos offrandes votives englouties.

Vulcain, en colère, nous a bien punis
de toutes nos bassesses et perfidies
là, gisant, sous l'épaisse chape cendrée
pourrions-nous, un jour, être pardonnés ?


Günther ZANNOR.
Collection ZANNOR (2017 11 15). " Poésies"
Published
Categorized as POESIES

UN BRUIT QUI COURT.

LA COMPLAINTE DES BONS SENTIMENTS : Chapitre XIV : SAGE COMME UNE IMAGE.

        L'affirmation de la sagesse est-elle assurément le reflet d'une réalité exprimée par une image ?

 l'inverse, une image est-elle le miroir d'une sagesse ?

La définition d'une image est portée par son contenu, si celui-ci est subversif, cette image est-elle sage par définition ?

Donc, l'adage se trouve en porte à faux.

Par contre, une image présentée comme "sage" génère, à priori, une adhésion positive, mais la sagesse réduite à sa seule évocation par le biais d'une image, n'est-ce pas réducteur ?

Car l'interprétation d'une image est conditionnée par notre état d'âme, à un instant donné, état qui peut différer à l'instant suivant.

La sagesse me ferait dire qu'une image engendrant du bien ne nous autorise pas à nous définir comme "sage". A l'inverse l'analyse d'une image extériorisant le mal où une négation, peut, éventuellement, nous guider vers la sagesse.

Ce paradoxe nous éclaire sur les proverbes et dictons qui sont la quintessence de l'expression populaire au fil des siècles et qui nous entraîne à l'acceptation d'une vérité, mais, qui a la faculté d'être interprétée ou dénoncée.

En dépit de cela, l'image que je me projette de moi, me permet d'affirmer, haut et fort, que le sage : c'est MOI !

C'est pourquoi, tout au long de mon existence, j'ai toujours été « sage comme une image ».


Belle image d'un narcissique tout en sagesse…………………


Günther ZANNOR.

EXTRAIT du recueil "PENSEES PROFONDES " de et par GÜNTHER LE PRUSSIEN… Editions ZANNOR, fascicules A 231, chapitre XIV, alinéa 15.
Tirages limités, numérotés de 0101 à 2001, et tirages collaborateurs de 0001 à 0100, juillet 2016
Collection ZANNOR.2016. « DICTONS & MAXIMES REVISITES »

LEO.

Léo ! Léo, écoute ! sais-tu qui je suis ?
Je suis... je suis celui qui rend les enfants… tout ébahis.
Je viens de loin... si loin, si loin d'ici
que mon long voyage fut un long, un très long défi.
Je suis né dans l'écume des crêtes, des crêtes au sein de la tempête
au sommet des vagues, des vagues déchaînées
les bourrasques violentes, de ma mère, m'ont arraché
j'ai pris mon envol au-dessus... de l'océan en colère
mes myriades de gouttelettes se sont envolées dans les airs
soulevées par les rafales d'un cyclone impétueux
nous nous sommes toutes regroupées au sein des cieux
formant ces gros nuages sombres et furibonds
entraînées, malgré nous, dans ce vaste tourbillon.
Toutefois, là... je ne suis pas encore tout à fait moi
par contre, je sais que mon destin sera de bon aloi.

Avec témérité, prenant notre mal en patience
nous nous sommes épaulées et avoir cette chance
de pouvoir survoler cet océan immense
au cœur de ces nuées... et ondées intenses.
Emportées sur les ailes des puissants courants d'air
chevauchant ces monstrueux déferlements... nous voilà fières
d'apporter aux hommes bienveillants... au seuil de leur chaumière
ces belles eaux qui enfantent les belles rivières
ce précieux liquide, cette eau bienfaitrice
l'eau de la vie pour eux assurément... propice.

Poursuivant notre périple au-dessus des continents
nous nous épanchons joyeusement en nous séparant
celles qui nous quittent font la pluie nourricière
quant à nous, notre chemin au-delà des barrières
nous mènera, Léo... jusqu'à ton... chez toi,
le pays lointain... où le froid règne en roi
ce roi, qui nous habille d'un manteau glacé,
de gouttelettes en flocons, nous a transmuées.
Se pavanant fièrement dans nos nouvelles parures
chacun de nous, coquet et fringant, on s'assure
que nos toilettes, tout de blanc, miroitantes
entreprennent leurs gracieuses chutes lentes
vers ton jardin secret, ton jardin adoré
nous venons gracieusement, virevoltant, nous poser
recouvrir la nature hivernale de notre douce caresse
pour t'apporter, à toi, Léo... joie et allégresse.

De cette légère et duveteuse écharpe blanche
tu vas de tes mains habiles me donner, ce dimanche
ce dont j'ai longuement rêvé, rêvé en ta compagnie
en riant joyeusement... de toi, recevoir la vie.
Tes rires joyeux me tourneboulent
rondement en boule, tu me roules,
sur mon gros ventre, mon ventre bedonnant
mon torse, ma tête vont dodelinant
enfin, la dernière touche, impatient, tu poses
à la place du nez, une jolie carotte rose
mon galurin ridicule, sur ma tête, posé
me confère un air d'épouvantail enjoué.

Léo, en reculant, tu contemples émerveillé
ton œuvre, de tes mains, brillamment façonné
ému, maintenant, tu sais qui je suis
je me voue à toi et te séduis.
"Ton beau, ton grand bonhomme de neige" suis devenu
je vois dans ton regard que tu me portes aux nues.

Par notre belle complicité unique
et ces doux instants d'une entente magique
des larmes de joie de mes yeux s'écoulent
furtives, mais très vite gelées, je les refoule
même s'il est de glace, mon cœur, mon tendre cœur
bat et battra toujours au diapason de ton bonheur.

Déjà, la crainte du redoux s'invite au coin du bois
le temps est venu de se quitter, l'émotion dans la voix
A tous ceux qui veulent avec Léo, la prochaine saison
nous retrouver et jouer à nouveau à l'unisson
l'hiver prochain, assurément, je vous le promets
pour Léo et vous, mes bons amis, je reviendrai.

Il est l'heure, pour moi, de ruisseler vers la mer,
la mer, qui est ma mère et qui m'est très chère
qui en son sein, amoureusement, me câlinera
jusqu'au jour béni où l'aventure, enfin, se perpétuera.

A bientôt, mon cher complice ! Et fi de la mélancolie.
Joyeux Noël à toi Léo et à tes chers amis !


Günther ZANNOR

Collection ZANNOR. 2020 01 18. ''NOUVELLES & COMPTINES''

LAISSER PLANER UN DOUTE.

Je suis : le DOUTE, le seul, l'unique, n'en doutez pas.

Dans mon monde de « l'irraisonné », je fais figure de précurseur, j'ai accepté la mission, d'être : '' le pourfendeur de l'intransigeante CONVICTION ''.

J'ai pour dessein de bousculer tous mes condisciples qui se complaisent, dans une routine feutrée et agréable d'une vie sans ambition. Ils ne se posent, à aucun moment, des questions existentielles, se pavanant dans l'acquis, et ne se mettent jamais en doute. Je veux qu'ils me soutiennent dans ma noble croisade.

Réveiller la corporation, les faire adhérer à ma cause, pour une prise de conscience, dans le but d'affirmer notre suprématie sur les négationnistes du doute ; oui, malheureusement, il existe des adorateurs de l'intransigeante CONVICTION, sans nul doute et sans partage.

Aussi, la quintessence de notre confrérie assurera l'aboutissement de la culture et le règne du doute.

Semer le doute deviendra notre raison d'être, la philosophie de notre dictature. Porter le doute dans tous les esprits bienpensants ou non, qu'importe, c'est apporter la lumière aux insoumis.

J'ai décidé, aventurier que je suis, de bousculer leur ostracisme, et de répandre, de par le monde, la bonne et juste parole de la contestation, de la controverse et du scepticisme.

Partager les joies de l'hésitation, de l'incrédulité, de la perplexité, auprès des incrédules affirmant, haut et fort, être les champions de la conviction, de la certitude, persuadés du sérieux et de l'intangibilité de leur foi. Intransigeants dans leur fanatisme, incapables d'accepter l’existence de formes plus nuancée d'opinions.

Posons-nous la question, pourquoi moi, le prince du ''doute'', je devrais éternellement douter seul dans mon microcosme ? J'ai l'ambition de la malice, je vais égayer mon impudence. La farce n'étant pas prisée dans mon entourage, je vais, de ce pas, aller titiller le monde de la raison et de la conviction.

Mais je suis dans l'expectative de ce qui m'attend, n'ayant jamais franchi les frontières de la conviction. Soyons fous, et osons.

Me présentant aux garde-frontière, je m'interroge, me laisseront-ils entrer, ou devrais-je user de subterfuge ? Mon doute fut avéré, je fus refoulé, n'a-t-on jamais vu un doute infiltrer le domaine de la conviction, inimaginable, me sermonnèrent-ils, en riant sournoisement.

Obstiné, je me consulte et me questionne sur mes différentes alternatives, avez-vous déjà entendu que l'on pouvait, insidieusement, « laisser planer un doute » ?

Et bien, ni une ni deux, je m’élève dans les cieux et me mis à planer. Voletant de-ci de-là, au hasard, au-dessus du Parlement je me suis trouvé. M'infiltrant, perfidement dans la salle des débats, occupée par les dignes représentants de la nation « Conviction », j'y laisse planer mon doute préféré, celui qui imperceptiblement nuit à tout dogme éternellement établi. Doute, qui engendre la défiance dans la certitude, tel un ver dans le fruit de l'évidence.

La véhémence des propos me surprend : « conviction, conviction ! vocifère le débatteur courroucé. Voilà le maître-mot, il n'y aura pas, tant que je vivrai, d'autre précepte que la conviction, messieurs de l'opposition, de votre agnosticisme, on ne veut pas ».

Planant de plus belle, dès cet instant, la puissance de mon doute commença, à s'infiltrer, s'insinuant sournoisement.

Sous son joug, l'orateur, perdant pied, toussota, se raclant les cordes vocales. Pour la première fois de sa vie, une seconde d'hésitation, le doute s'empara de lui, interrompant, sa diatribe. Il reprit sur un ton moins convaincant : « Mais, nom de, heu, nom, puisque, heu, j'ai raison, heu, heu, vous pouvez, heu, accréditer ma thèse, heu, cela se pourrait-il qu'il existât, heu, des arguments permettant, heu, de minimiser mes préconisations, heu... »

L'opposant, triomphant, lui coupant la parole : « mais, oui, sans l'ombre d'un doute ! »

Oh ! sacrilège, jamais, au grand jamais, depuis la nuit des temps, personne ne s'était permis de prononcer ce mot éhonté, banni dans cette enceinte. Jamais le mot ''doute'' ne fut utilisé, même jamais évoqué, ni jamais pensé.

L'assemblée pétrifiée, dans un silence d'outre-tombe, laissant planer leur scepticisme, qui rejoignit mon doute toujours planant, eut du mal à se convaincre de la réalité de la profanation qu'ils subissaient.

Effaré par l'ampleur de son crime, lorsque ce mot diabolique franchit sa bouche, l'opposant se jeta au sol, geignant, suppliant ses pairs, de l'absoudre de toutes coercitions. Ce mot, disait-il, lui est venu, contre sa volonté. Il s'est insinué en lui et n'a pu s’interdire de le prononcer. Un maléfice avait pris possession de son libre arbitre. Il en était lui-même abasourdi, et… mais il ne put terminer. Il se fit conspuer, vilipender, injurier, bannir à tout jamais, et, manu militari, il se retrouva, sans fanfare ni trompette, au fond d'un cachot. Comme on le découvrit plus tard, il devint sa dernière demeure.

Le doute se mit à l'ouvrage.

Ces dignes représentants de la nation mirent des semaines, des mois à se remettre de ce séisme, car, le doute, une fois installé, il leur fut impossible de retrouver leur sérénité.

Et les tribuns de tribuner, les orateurs d'orateuriser, les commentateurs de commenter, les rapporteurs de rapporter, les harangueurs de haranguer, les déclameurs de déclamer, avec moult effets de manche et d'emphase, ne firent pas progresser la prise de conscience d'une inéluctable mutation de leur futur.

Je leur insufflais à leur insu : « Vous, dans votre monde de convictions, vous avez aussi vos menteurs, je m'en doute. J'affirme que celui qui trompe implicitement sème le doute, même si vous refusez de l'admettre. Vous êtes donc amené à me côtoyer. Oseriez-vous, encore, douter du doute ? Alors, ne doutez pas de vos mensonges. Incrédules, sceptiques que vous êtes, pouvez-vous, aujourd'hui, sans aucun doute, récuser le doute ? »

Ce qui provoqua une rupture avec leur électorat de base alerté par les médias qui commentèrent, à qui mieux mieux, ce malaise national.

Mais, comme dans toute société, chaque sujet, en chassant un autre, ce crime linguistique, prit la forme d'une simple novelette et fut vite oublié.

La zizanie s'atténuant au fil du temps et, après m'être enorgueilli de cette facétie, je dus reconnaître la faible portée de mon intervention.

Je tentais donc une nouvelle expérience.
Je pris conseil auprès de mes proches, tous des doutes de haute volée, on s'en doute, ce qui me permit d'élaborer une stratégie à la hauteur de notre sens de la plaisanterie désopilante.

De retour, dans ce monde obtus, j'ai semé le doute dans l'esprit de tous les bons pères de famille. Jusqu'alors, ils étaient convaincus de leur légitime paternité, excluant tout doute dans leur mode de pensée.

A partir de cet instant, ce fut la révolution. La suspicion devint le sport national. Qui des amoureux, des affectueux, des subjugués de l'amour, ne furent pas touché par cette incrédulité sournoise qui envahit leur subconscient.

Les regards, de travers, des cocus potentiels, fustigèrent leurs tendres épouses qui, pour seule défense, évoquèrent leur bonne foi, furieuses et offusquées face à une telle suspicion. Les infidèles manifestes firent profil bas, on s'en doute. Le ton monta, s'amplifia, l'incompréhension prévalut dans chaque foyer. Le relent de la méfiance s'accentua et le doute présumé se transformèrent vite en certitude, ce qui fut l'apothéose de mon prestige. La défiance, l'inquiétude, l'incertitude, la controverse, l'équivoque s'imposèrent imperturbablement. La société en émoi constata l'hécatombe provoquée par les ruptures, les divorces, les séparations, laissant pantelantes les nouvelles structures monoparentales.

Mais une voix s'éleva, au-dessus de la cacophonie, notre cher et respecté philosophe des lumières, Jean-Levy, se présenta en sauveur ultime, en proposant, la concorde.

Une nouvelle harmonie devra prendre le pas sur la bien-pensance de la conviction. Il faudra intégrer, qu'un jusqu'au-boutisme ne peut dominer ; dorénavant, l'intégration du doute sera une évidence.

Ce mot enfin lâché favorisa l'esprit critique, et la paix matrimoniale fut rétablie, et le pardon s'incrusta. Un monde nouveau s'offrit, introduisant nuances et compromis. Ce qui complexifia les relations de tous ordres, mais cela est un autre problème, qui ne me concerne pas, ma mission, elle est accomplie.

Je me targue, voyez la statue à mon effigie, d'avoir, par mon espièglerie, su apporter l’expression d'une réalité différente. Le doute n'est pas permis, car je suis un homme de conviction, je ne doute de rien, on s'en doute !


Mais... dans mon for intérieur... un tout léger petit doute... s'installe.
Normal ! Sans nul doute... je suis bien le Prince du doute.

Moralité :
La conviction du doute peut faire douter de la conviction.



Günther ZANNOR.

Collection ZANNOR. 2016. ''DICTONS & MAXIMES REVISITES''.

S’ENTENDRE COMME LARRON EN FOIRE

ou la ritournelle des gais lurons !



Toi, mon bon larron . . . mon digne compagnon,


Il ne faut pas les croire
ce serait dérisoire
continuons à nous entendre
et du plaisir à leur prendre

Mon compère, me suis-tu ?
oui, sinon nous sommes perdus
de nos farces, nous nous nourrissons
et la bonne humeur nous engrangeons

Comme dit le bon bourgeois
tout en agitant ses doigts
ils s’entendent comme larron en foire
ils passeront par le purgatoire

Ne pas se laisser détourner
par la morale de la bonne société
soudés comme les doigts de la main
ne nous interdisons rien

Sur notre sagesse, nul ne parie
de nous soumettre au défi
d’entrer dans le droit chemin
ce sera sans lendemain

Ils nous traiteront de bouffon
mais nous en gais lurons
nous cultiverons nos facéties
nos aventures, nos péripéties

Puisque, nous pouvons nous amuser
pourquoi, vouloir s’en priver
nous écrirons notre belle histoire
pour notre renommée et pour la gloire

Vois la tête de ces quidams
qui toujours nous blâment
que notre malice agace
mais nous laissent de glace

Faire la foire comme des larrons
envers ceux, que nous taquinons
à l’encontre de leurs valeurs
ne nous apporte que du bonheur !

reste mon compagnon . . . l’occasion fait le larron ……….


Günther ZANNOR.

Collection ZANNOR. 2016. « DICTONS & MAXIMES REVISITES »

ŒILLADES

        Si tout le monde, en même temps, regarde à la ronde, même en n'étant pas regardant, on s'aperçoit qu'ils en ont plein la vue et que tout le monde se voit.

La vision de tout ce monde qui se regarde, en une œillade circulaire, me remplit d'effroi, moi qui fais tout pour ne pas être vu, je dois donc me cacher à leur vue.

Si tout le monde, en même temps, baisse les yeux, toujours en n'étant pas regardant, on ne s'aperçoit pas que tout ce monde ne se voit pas, et n'en a pas plein la vue.

La vision de tout ce monde, qui ne se regarde pas, en une absence d’œillade circulaire, me remplit de joie, moi qui ruse pour ne pas être vu, je n'ai pas me cacher à leur vue. (1)

Je ne suis pas regardant, mais lorsqu'il s'agit de l'acuité des regards, là, je ne transige pas, il me faut, surtout, des regards fuyants, me scrutant.

Être à la vue de tous m'oblige, timidement, à baisser les yeux, mais, malgré tout curieux, je les regarde en clignant des paupières avec mon regard fuyant.

Regarde, me disent les passants, tu vois, nous te regardons droit dans les yeux, alors je m'enhardis et, pour être bien vu dans le monde, je les regarde les yeux dans les yeux.

Mais mon regard de glace leur tire des larmes de crocodile, aux malheureux.

Mais mes yeux bleus, des yeux d'amoureux, devraient les voir me regarder avec bienveillance.

Non, puisqu'ils évitent mon regard et en une œillade circulaire, retords, ils regardent, le regard fuyant, à la ronde pour voir qui ne me regarde pas.

Comme tout le monde se regarde, et qu'ils ne me voient pas, je vais, serein, de par le monde en regardant où me mènent mes petits pas ; sans me retourner pour regarder, à la ronde, s'ils ne me regardent pas.


Günther ZANNOR.

(1) : mise en garde : connaissant les vertus de l'humanité, vous les regardants tricheurs, je vous ai à l’œil et vous regarde du coin des yeux.

Collection ZANNOR.2016. « ELUCUBRATIONS et autres fadaises »

LE CHARIVARI DE L’INEXISTANT

Sur la chanson d’André CLAVEAU

Un p’tit Rien s’en va dans la campagne
un p’tit Rien s’en va de bon matin
on le voit filer vers la montagne
tchi tchi fou tchi tchi fou
Va-et-vient, plein d’entrain
en poursuivant son chemin . . .

Au détour du chemin menant au creux du vide intersidéral, le p'tit Rien bouscule 
le vide impérial interrogeant le néant
« es-tu satisfait, ne ressens-tu rien », s'inquiète-t-il
si, réponds le néant, quelque chose me dit que se nourrir d'une accumulation de petits riens
pourrai me faire du bien, ce serait une bonne chose, l'air de rien.


Dans un paisible recoin de l'univers
le vide et le néant s'aimaient d'un amour tendre
ils procréèrent un petit rien
engendrer un p'tit bâtard de rien fait quelque chose, l'air de rien
on s'accorde qu'un rien non reconnu n'est rien, c'est connu, ce n'est pas bien.

Le plein de vide, ce n'est pas rien, l'air de rien
le plein de rien, ce n'est pas bien, c'est vide.

Dans ce vide, on y trouve trace d'un soupçon de presque rien
Comme une once de néant infini, et ça c'est déjà quelque chose.

Mettre un peu de rien dans du vide, ça, c'est quelque chose
c'est comme mettre quelque chose dans du plein : il déborde.


Être capable de reconnaître un atome de rien d'un autre atome de rien gambadant dans le vide
c'est confirmer son existence, mine de rien.


Avoir un léger vertige dans le néant, ce n'est pas rien
mais un intense vertige dans le vide, ça, c'est quelque chose.

Si tu es une chose, c'est que tu n'es pas rien
Peut-être, un presque rien, donc, une petite chose.

La chose demande au néant, vide-moi de mes riens
« rien du tout », répond le néant. Moi-même n'étant rien, comment veux-tu que je te vide.

Peut-on être une petite chose dans le néant ?
Oui, quelque chose me dit qu'une petite chose ressemblant à un petit vide peut emplir le néant.


Additionne un rien avec un autre rien,
cela aboutit à rien du tout
mais cela repose
puisque cela ne donne rien, donc, ne rien faire, c'est ne pas se fatiguer à se reposer.


Le néant est infini, le vide est infini, le rien du tout est infini
l'infini est un néant vide de rien, c'est son anéantissement.

Peut-on, se risquer à annihiler le néant, en y plaçant du vide, à l'aide de petits riens ?

Ce serait l'aboutissement et l'apologie du plein !


« On s'interroge », rétorque l'auteur.
« Ah, ces élucubrations me vident le cerveau qui s'emplit de néant ».

Laissant la fatigue d'un repos mérité s'installer,
j'abandonne mes neurones au silence du rien,
pour que cela me délasse et me fasse du bien !

Qui me rejoint ?



Günther ZANNOR.

Collection ZANNOR. 2016. « PARADOXES »