Dans un Univers antérieur à notre actuelle troisième dimension, par le jeu d’une singularité spatiale, propulsés depuis leur monde parallèle de la cinquième dimension, en mission d’exploration, ils matérialisèrent leur vaisseau spatio-temporel sur l’aire d’accueil du cosmodrome de la planète Porta-mura, cosmodrome vide de toute activité.
Après test des différents protocoles d’analyse de compatibilité avec leur physiologie, les deux »extra-astro-cosmonautes », engoncés dans leur scaphandre étincelant, débarquent et contemplent, incrédules, l’espace vide de l’aire d’atterrissage, cernée par un unique mur circulaire.
Ils se translatèrent, auréolés de leur immatérialité, jusqu’à la seule porte visible dans cette enceinte. Franchissant l’ouverture mal fermée, ils trouvèrent la salle d’accueil également déserte, et sans le moindre préposé pour les accueillir. Intrigués, ils explorent une sorte de labyrinthe desservant des espaces clos, qui s’emboitent les uns aux autres.
Finalement, par l’entrebâillement de l’unique porte visible, ils entendent une vive altercation entre deux protagonistes qui se disputaient. L’objet de leur courroux portait sur la priorité à l’obtention de marchés publics dans chacune de leur respective spécialité.
Invisibles aux yeux de ces deux hurluberlus tonitruants, nos deux explorateurs s’emploient à la réalisation de leur objectif, faire l’analyse de ce monde si étrange. L’étude anthropologique et ethnologique qu’ils entreprirent, les laissa pantois quant aux premières constatations.
Depuis longtemps M. MUR, chef de nature opiniâtre, avec son entreprise de construction de mur, a entrepris d’élever des murs partout, n’importe où et n’importe comment sur l’ensemble de la planète, et ce, jusqu’à complète saturation. Il a été tellement industrieux, toutes ces dernières années, qu’il ne restait plus que quelques lopins de terre pour la réalisation de tous ses ambitieux projets d’édification de murs. » Emmurer, emmurer », tel est sa devise, envers et contre tout.
À ce stade de profusion et de débauche, se réunirent les plus hautes autorités dirigeantes, qui confrontées à une réclamation qui semblait étayée, reconnurent le bien-fondé de la réflexion émise par M. PORTE, fabricant de portes à l’avenir incertain.
Jaloux du succès de M. MUR, M. PORTE attire l’attention de ces entités savantes, sur l’aberration de recouvrir la totalité de la planète de murs, de murs et encore de murs. Comment va-t-on se déplacer quand l’objectif de M. MUR sera atteint ? Je ne remets pas en cause le besoin de construire des murs, mais je propose d’améliorer le système, en y incluant des portes, afin d’améliorer la circulation des hommes.
Cette proposition n’était pas dénuée de toute arrière-pensées, puisque M. PORTE navigue au bord de la faillite, n’ayant pas vendu une seule porte depuis des éternités, ses stocks étant indénombrables. Après analyse du rapport établi par la commission internationale, on admit que le bon sens de M. PORTE devait prévaloir. À l’unanimité, moins une voie, celle de M. MUR naturellement, on donna le feu vert à M. PORTE de »portériser ». M. MUR, courroucé, quitta cette docte assemblée, furieux d’avoir perdu le monopole des commandes internationales.
Dés cet instant, sans coup férir et perte de temps, M. PORTE s’employa à équiper tous les murs de M. MUR. Et tout le monde de reconnaître que ce progrès était une avancée fondamentale pour l’humanité. M. PORTE fut encensé. De ce jour, jamais un mur sans une porte et inversement.
Mais arriva ce qui aurait dû être prévisible, et sans issue, un jour on constata que sur la totalité de la surface des continents, seule une dernière petite parcelle restait disponible pour y insérer un tout dernier et ultime petit mur. Mais M. PORTE de s’insurger, pourquoi y construire un mur qui par sa taille ne permettra pas d’y inclure une porte, car cet espace était juste de la taille de sa porte, donc logiquement il devait emporter ce dernier marché.
À ce moment de décision particulièrement délicate pour départager M. MUR de M. PORTE, un petit malin du nom de M. FENETRE, entrevoyant une bonne opportunité, s’employa à convaincre la société scientifique consultée pour ce dilemme, d’équiper ce dernier emplacement d’une fenêtre. Après maintes et maintes tergiversations, analyses, expertises et concertations, ardemment débattues entre les contres et les pros-fenestriens, la société savante décida à l’unanimité, moins deux voies, naturellement celle de M. MUR et de M. PORTE, d’accéder à la suggestion avancée par M. FENETRE.
Fier comme ARTABAN, auréolé de son succès, M. FENETRE s’attela à la fabrication de sa meilleure et plus belle fenêtre qui n’a jamais été conçue depuis le début de tous les temps. Après l’avoir bichonnée, astiquée et même cajolée, il alla en grande pompe, la mettre en place. Les plus hautes autorités autorisant, les décideurs décidant, les scientifiques phosphorant, les présidents présidant, les ministres ministrant, les militaires militant, les chefs et sous-chefs des fanfares claironnant, tous convoquées, assistèrent à cet instant mémorable à la pose de cette fenêtre tant adulée mais aussi décriée par les manifestants inquiets manifestant avec leurs pancartes « laissez-nous nos espaces confinés ».
Au son des cuivres déchaînés, la petite fille, par le sort, désignée, coupa le cordon de l’inauguration. Les pans de la tenture écartés, la foule médusée par tant de beauté, poussa un vibrant » Hourra ! » d’adhésion, se promettant, eux aussi, de »s’enfenestrer » pour accéder aux espaces de rêve et de liberté.
Le Président brandissant son Haut-de-forme et s’apprêtant à un discours de haute volée, fut devancé par l’espièglerie de la petite fille qui, avant que l’on ne pu l’en empêcher, se saisie de l’espagnolette et en grand elle ouvrit les deux battants pour regarder les petits oiseaux sur les arbres perchés.
STUPEFACTION : RIEN, RIEN, au-delà, il n’y avait rien à voir. Le néant, la noirceur de l’obscurité, le vide sidéral, l’absence du tout, le rien-du-tout. Horreur et sidération, la foule figée, ébahie, bourgeois et prolétaires, riches et miséreux réunis devant cette aberration, d’un seul et même mouvement, grondent et se révoltent, ne pouvant admettre ce vide, cette absence de promesses d’avenir et de vastes espaces merveilleux. M. FENETRE abasourdi, réflexion faite, ne se sentant pas responsable de ce » rien « , fait des pieds et des mains, et conserva son monopole et pourra, sans vergogne, »enfenestrer » le monde entier.
Toujours inventif, et plein d’à-propos, le genre humain s’évertue à combler le vide, là où il n’y a rien. Un certain M. ILLUSION, en quête de notoriété, apporta la solution, il plaça une illusion derrière la fenêtre, cause d’autant d’émoi. Pour obtenir l’adhésion générale, il la nomma : << REFLETS du TEMPS QUI PASSE >>. Grâce à ce tour de magie, M. ILLUSION sera nommé « GRAND COMMANDEUR DES PEURS EVINCES ». Toujours méthodique, M. ILLUSION s’acoquina avec M. FENETRE, ils eurent comme devise : ‘ pour une fenêtre posée, une illusion délivrée ! ». À partir de ce jour mémorable, tout un chacun, suivant son humeur du jour, devant sa fenêtre ouverte, pouvait tester son imagination, pour certains, débridée. Je ne vous dis pas ce que l’on y vit ! M. FENETRE comme un forcené se mit à fenestrer en chantant : << fenestrer, fenestrer, est-ce que j’ai une gueule à ne pas fenestrer ! >>.
Le soir, en vu de profiter d’un repos bien mérité, calfeutré dans leur lit douillet, et avant de s’endormir, le genre humain pouvait admirer le magnifique ciel étoilé et la duveteuse voie lactée surplombant les majestueuses cimes enneigées. Mais revers de la médaille, le froid sidéral des nuits étoilées s’infiltrait entre leurs murs. Même avec la meilleure des couettes, de frémissements en frissonnements, de tremblements en grelottements, chacun se gelait auprès de sa chacune.
Sollicité par le courroux populaire, las de subir cette froidure, M. REFLEXION se mit à »réflexionner ». Et, disséquée et retournée dans tous les sens, la réflexion souveraine jaillit : ‘ Eurêka ! s’écria-t-il, le couvercle favorise le bouillonnement de la marmite ! ». Et, trait de génie, un certain M. PLAFOND, mit tout son art à contribution, et se mit à plafonner toutes ces immensités, et plus il plafonnait, plus il y avait de plafonds à plafonner. Plafonner à qui de mieux en mieux, devient l’activité principale sur la planète Porta-mura, pour le plus grand bonheur de notre plafonneur impénitent.
Ce devint une gageure, quand il fallut envisager de réchauffer ces espaces maintenant clos. Au début, M. RADIATEUR, paresseux invétéré, se fit prier, il fallut soudoyer sa compagne pour l’inciter à accepter d’apporter un confort certain à toute l’humanité. Son entreprise se mit donc à »radiateuriser » sur tous les murs de M. MUR. Chaque foyer étant équipé, à la suite on peut passer !
Mais ombre au tableau idyllique de cette société industrieuse, de mauvaises études n’ont pas permis de bien maîtriser la régulation du chauffage installé. Si bien que la chaleur mit à se confiner, à s’accumuler, et plus on chauffait, plus la température augmentait, sans possibilités d’enrayer ce cycle infernal. << Mais, ouvre la fenêtre ! Fait, entrer la fraîcheur ! >> Mais ouvrir sur une illusion, c’est s’illusionner de penser qu’une illusion peut apporter la fraîcheur douce et bienfaisante tant espérée. Plus le thermomètre s’emballait, plus la pression grimpait, pour atteindre des limites incommensurables. L’effet cocotte-minute sans soupape de sécurité fut enclenché.
Mais une autre triste réalité les a rattrapé et avant que M. VENTILATEUR puisse se mettre à »ventiler », il s’avéra qu’il fut reconnu que M. PORTE avait eu un défaut prépondérant, il était âpre au gain. Sa fabrication en a, lourdement, pâti, chaque porte posée souffrait d’une malfaçon majeure, au moindre courant d’air, elle se mettait à claquer. D’où partout, on entendait, incessamment, crier : << LA PORTE ! >>.
Ce cri, des milliards de fois, multiplié, tel un ouragan submergea le monde. Ce maelström centuplé à l’infini entraîna des tourbillons de vent qui s’invitèrent dans chaque habitation, par les portes »claque-ballantes ». Une porte qui claque, cela fait « clac ! », deux portes qui claquent, c’est » clac-clac « , des milliards de portes qui claquent, cela fait des milliards de : » CLAC…BOOUM… BANG…RE-CLAC… RE-BOOUM…RE-BANG…RE-RE-RE-CLAC…RE-RE-RE-BOOUM…RE-RE-RE-BANG… » L’ouragan, par les cris et les claquements réalimenté, à chaque seconde redouble d’intensité. Ce charivari tonitruant se marie au vacarme, barouf, ramdam, fracas, boucan provoqués par l’exaspération populaire, balayant toute autre manifestation. Couplé à ce déferlement, ce pilonnage sonore, la »cocotte-minute » a explosé ! La terre se mit à trembler, les océans à écumer, les raz-de-marée à submerger, les volcans à éructer, la matière à onduler, les atomes à fusionner, la lumière à se dissocier, les particules à s’annihiler… constituant la soupe primordiale… jusqu’à : « L’EXPLOSION ULTIME »…
ET C’EST AINSI QU’UN NOUVEAU BIG-BANG EST NE !
AINSI FÛT ENGENDRE LE COMMENCEMENT DE NOTRE PROPRE TEMPS . . .
déroulant, imperturbablement, son tapis roulant, au devant de la scène de nos existences. De quoi s’interroger : à quoi peut bien tenir le hasard de nos destinées !
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Prise dans le tourbillon de cette singularité, cette ultime explosion expulsa nos deux ‘extra-astro-cosmonautes », êtres immatériels dans notre troisième dimension, en retour vers leur Univers de la cinquième. Dès leur réapparition, ils furent débriefés, interrogés, cuisinés et soupçonnés de rapporter des sornettes. De toute urgence, toutes affaires cessantes, en congrès réuni, le gratin de ce que la société savante avait engendré de plus clairvoyant, se mit à »clairvoyer ». Les têtes pensantes, imbues de leur savoir incontournable, ne pouvaient porter crédit au récit abracadabrantesque des nos deux héros. Même les cauchemars les plus fous ne peuvent atteindre ce summum de débilité. Ils furent soumis à la question, pressurés, mentalement torturés et furent reconnus aliénés. Les rayons cosmiques ont dû, leur, intervertir les neurones. Un scientifique digne de ce nom, pouvait-il accréditer une thèse par laquelle on rapporte l’existence d’une planète entièrement recouverte d’alvéoles, de nids-d’abeilles, dominée par des industrieux forcenés édifiant en dépit du bon sens, construisant pour »construire », équipant pour »équiper », réflexionnant pour »réflexionner », illusionnant pour »illusionner », contre toute logique écologique ? Mais peut-être que dans leur troisième dimension, ils n’en sont pas à un anachronisme prêt, jusqu’au sacrifice d’une vie de plénitude et d’épanouissement. L’anéantissement de leur monde a prouvé que si : ils en furent capables !
Et ainsi se conclut ce symposium : << Revenons amis scientifiques à des considérations plus prosaïques, restons chez nous, les pieds bien ancrés dans notre cinquième dimension, et ne laissons pas, la faculté, aux industrieux rêveurs cupides et impénitents imposer leurs songes et délires déments >>.
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Et vous « troisièmedimensioniens » – « troisièmedimensioniennes » répondez, nos scientifiques, nos cosmologistes sont-ils plus . . . aptes à discréditer la vérité . . .
sur mon BIG BANG ainsi expliqué ?
Votre Günther ZANNOR.