ŒILLADES

        Si tout le monde, en même temps, regarde à la ronde, même en n'étant pas regardant, on s'aperçoit qu'ils en ont plein la vue et que tout le monde se voit.

La vision de tout ce monde qui se regarde, en une œillade circulaire, me remplit d'effroi, moi qui fais tout pour ne pas être vu, je dois donc me cacher à leur vue.

Si tout le monde, en même temps, baisse les yeux, toujours en n'étant pas regardant, on ne s'aperçoit pas que tout ce monde ne se voit pas, et n'en a pas plein la vue.

La vision de tout ce monde, qui ne se regarde pas, en une absence d’œillade circulaire, me remplit de joie, moi qui ruse pour ne pas être vu, je n'ai pas me cacher à leur vue. (1)

Je ne suis pas regardant, mais lorsqu'il s'agit de l'acuité des regards, là, je ne transige pas, il me faut, surtout, des regards fuyants, me scrutant.

Être à la vue de tous m'oblige, timidement, à baisser les yeux, mais, malgré tout curieux, je les regarde en clignant des paupières avec mon regard fuyant.

Regarde, me disent les passants, tu vois, nous te regardons droit dans les yeux, alors je m'enhardis et, pour être bien vu dans le monde, je les regarde les yeux dans les yeux.

Mais mon regard de glace leur tire des larmes de crocodile, aux malheureux.

Mais mes yeux bleus, des yeux d'amoureux, devraient les voir me regarder avec bienveillance.

Non, puisqu'ils évitent mon regard et en une œillade circulaire, retords, ils regardent, le regard fuyant, à la ronde pour voir qui ne me regarde pas.

Comme tout le monde se regarde, et qu'ils ne me voient pas, je vais, serein, de par le monde en regardant où me mènent mes petits pas ; sans me retourner pour regarder, à la ronde, s'ils ne me regardent pas.


Günther ZANNOR.

(1) : mise en garde : connaissant les vertus de l'humanité, vous les regardants tricheurs, je vous ai à l’œil et vous regarde du coin des yeux.

Collection ZANNOR.2016. « ELUCUBRATIONS et autres fadaises »

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