LE ROT.

Extrait du dictionnaire de CHOMEL 1766

 
        Ne me faisant pas prier, avec gloutonnerie, j'engloutis mon assiettée, de rôt de veau bien appétissant. 

Promptement engouffrée, je me gargarise et, à la face du monde, je me dois d'un rot sain et sonore.

Politesse et bienséance obligent à des rots de bon augure, complices d'une saine convivialité. Le savoir-vivre impose ses obligations.

Au IVe siècle av. J.-C., les stoïciens célèbres, tels que Sénèque et Epictète, à l'apogée de leur renommée, ne furent pas en reste, et sans scrupule d'émettre des rots ; certains rapportent même qu'ils les accompagnaient de pets.

Donc, je vous en conjure, ne venez point me chercher des poux sur la tête, lorsque je perpétue cette singularité. Je formule, par la même, la reconnaissance d'un partage culinaire de très haute qualité.

L'oralité du message véhiculé par le rot ne se réduit pas à sa teneur intrinsèque, mais il compose également un moyen de communication.

L'échange, par l'intermédiaire d'un rot, est représentatif comme l'expression d'un langage naturel.

Pour preuve, quoi de plus naturel, si l'on considère que, dès nos premières tétées, inconsciemment, un rot spontané annonce le signe d'une profonde béatitude.

Pour les grands gourmets, ils affirment que cette extériorisation peut être assimilée à de la poésie orale.

Jamais, pudibonderie où ostracisme doivent nous empêcher d'évoquer ou de parler du rot avec bienveillance.

Rires et plaisanteries, à son propos, sont discourtois, n'en faites pas des tonnes, appréciez-en sa volupté, ne vous en gargarisez pas.

Allez, je vous invite, gaiement de ce pas, à communier pour nos plaisirs complices, à roter de concert et sans ambages.

Tout comme l'idéalise l'un des dictons arabes, à travers les âges (1) :
" Rot retentissant honore l'hôte bienveillant " ou
" Rot ébouriffant honore l'hôte bienfaisant " ou
" Rot détonant honore l'hôte accueillant "

(1) Traduit du chapitre CLVII « Recueil des rumeurs et chroniques orientales », extrait de l’encyclopédie de l’Académie Zandorienne, éditée à Bagdad, année MDCLVIII, livret xx°.
Collection ZANNOR. 2024. « TRASH »

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