Ah ! Madame . . .

Vous fûtes là, subrepticement, face à mon regard émerveillé, 
votre prunelle, dans le miroir de mes yeux, vint se refléter
sur le fond irisé de ce majestueux soleil couchant en fête
un miraculeux hasard a fait se détacher votre gracile silhouette

votre ensemble en soie au chemisier échancré,
voletant dans la légère brise de cette belle fin d'été
subjugué par la beauté de ce tableau enchanteur
les yeux pétillants, je m'approche avec lenteur
nos œillades se fondent en une osmose spontanée
augurant une possible et harmonieuse complicité

j'admire vos cheveux au roux léger et flamboyant
vos mèches facétieuses entremêlées se jouant du vent
englobent votre doux visage au sourire furtif et mystérieux
en ce moment suprême, une aura nous encercle tout deux
par la seule volonté, pensais-je, d'un improbable hasard
nous liant intimement en un instant ultime, si rare

ma vue se glisse sur votre frêle cou élancé
valorisant votre buste radieux et altier
enveloppé de cette vaporeuse voilure de soie aux festons ondoyants
sous la douce et chaude caresse de ce souffle enivrant
laissant deviner de mystérieux et encourageants présages
par l'apparition éphémère de secrets messages
d'une émoustillante empreinte de deux malicieux affleurements
qui spontanément m'aveuglent et m'émeuvent en même temps
disparaissant et réapparaissant sous les plis et déplis frivoles
leurs aguichantes saillies font que ma curiosité s'envole
mes yeux s'abaissent en votre profonde échancrure magnétique
abritant de suggestives rondeurs, au creux d'un vallon énigmatique

surpris par votre initiative, qui me laisse sans voix
me bouleverse et bouscule, m'emplissant de joie
votre main saisissant la mienne, sans que je m'en défende, vous la portez
vers le triangle soyeux de votre corsage largement décolleté
vos doigts guident les miens vers son premier verrou
habilement je le déboutonne, hâtivement, en un geste fou

la perfide brise légère écarte les pans capricieux
permettant d'admirer ces vallonnements divins et merveilleux
ma hardiesse entreprend l'assaut des autres boutons nacrés
ouvrant en grand un univers évocateur et sacré
vos mamelons au creux de leur corolle d'un rose évanescent
mes doigts impétueux les effleurent timidement
sous ma douce caresse, vos tétons s'irradient
hâte de plaisirs prometteurs, ils mendient
vos frémissements au creux de mes maladroites paumes
attisent les innocents élans de mon érotique royaume
mes attouchements ne vous laissent pas de glace
tolérant mes espoirs fous d'envahir la place
en une coquine ardeur vous vous blottissez contre moi
votre fantaisie libertine transcende votre émoi

les gracieuses courbures de votre poitrine, sans me surprendre
sa fermeté et galbe aiguillonnent en moi un désir tendre
au vent volant, votre beau chemisier s'est envolé
je recule pour mieux contempler les fastuosités qui me sont dévoilées
sculptant votre personne en un chef-d'œuvre de perfection
je vous vouerai de tout temps mon admiration et dévotion
de ce flamboiement, j'en rêverai toute ma vie
époustouflé, envouté, mon bonheur en un cri jaillit
Sacrebleu ! Madame, vous êtes l'apothéose de l'absolue sublime beauté
rien, non rien, en ce monde ébahi, ne saura jamais vous supplanter
vos seins, Madame, vos seins dignes d'un couronnement impérial
seront choyés et vénérés d'une ferveur impartiale

Médusé, soudain, je la vois, éthérée, se retourner,
sans cœur, se jouant de moi et de ma frivolité
papillonnant en une lascivité audacieuse
elle ramasse son immaculée étoffe précieuse
dans une faste envolée des amples plis de sa robe déployée
d'un pas léger, aérien, vers de lointains horizons, part s'évaporer

Indécis, sans voix, je reste là face au soleil déclinant
enjôlé, floué, ma fierté vacille par tant d'audace au demeurant
avec l'image de cette éphémère vision m'incendiant la rétine
elle, là-bas, me nargue, encore et encore, de son arrogante poitrine
au creux de mes mains subsiste la mémoire de leurs douce chaleur
Ah ! Madame, vous aviez ces jolis seins, qui firent mon malheur.



Günther ZANNOR.




Collection ZANNOR. 2023. "POESIES"

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